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Les aliments transgéniques ?  Qu’est-ce que c’est ?  Peu de consommateurs le savent, même si ces denrées sont sur le marché depuis trois ans et que la plupart des études prouvent qu’elles présentent un grave danger pour notre santé et celle des générations futures.

PAR JULIE

Je vous le dis franchement, de tout ce que la technologie a pu produire, de tout ce que l’industrie a pu concocter de chimique, les aliments transgéniques constituent à mon avis l’une des pires et des plus inquiétantes inventions ou tentations pour l’avenir de l’humanité.  D’autant plus que l’industrie alimentaire mène un important lobbying, payant même certains scientifiques pour nous convaincre que c’est formidable d’avoir une pomme de terre qui se débarrasse de ses bibittes.  Rien d’étonnant à une telle stratégie : des milliards de dollars sont en jeu…

Depuis 1995, nous consommons à notre insu des aliments dotés d’organismes modifiés génétiquement (OMG).  Cette biotechnologie s’est développée à une rapidité extrême.  En 1988, au Canada, 14 essais de cultures transgéniques au champ avaient été approuvés; cette année, il y en a eu 814.  Selon l’Agence  canadienne d’inspection des aliments, on a semé au Canada 6,5 millions d’acres de colza (canola) transgénique tolérant aux herbicides, soit cinq fois la superficie de l’Île-du-Prince-Édouard !  Dans les épiceries, on retrouve, incognito, du maïs, des tomates, des pommes de terre, du canola et du soya transgéniques.  Les conséquences sur notre santé et celle de l’environnement ?  Personne n’est capable de se prononcer précisément sur le sujet.  Et c’est là le problème.

LES GÈNES DE LA VIE

L’ADN (ou acide désoxyribonucléique), est la base chimique de l’hérédité.  Il existe dans toutes les formes de vie sur terre, de la fourmi au pissenlit en passant par l’humain et la bactérie.  L’ADN est composé de gènes qui contrôlent la synthèse de protéines et qui détermineront par exemple la couleur de nos cheveux.  Or, les scientifiques ont trouvé le moyen de transférer l’ADN d’un être vivant à un autre.  Ainsi, ils insèrent des gènes de virus, bactéries et autres dans les aliments que nous mangeons, y compris dans le soya utilisé pour la fabrication des formules de lait pour bébé !

Quant aux «applications» pour le genre humain, des pré-tests ont été effectués pour la vaccination de populations entières - à leur insu - par le biais de bananes-vaccins.

En fait, les scientifiques viennent de franchir une barrière extrêmement dangereuse que la nature dressait jusque-là entre les espèces.  En transgressant ses lois, ils ouvrent la porte à diverses mutations imprévisibles, dont certaines ont déjà été observées.  C’est le début de l’anarchie !  En Angleterre, notamment, on a créé des pommes de terre capables de lutter contre les pucerons à l’aide d’un gène de protéine.  On s’est ensuite aperçu que cette même protéine avait également perturbé la reproduction des coccinelles, de féroces prédateurs des pucerons !  Ces plantes tueuses d’insectes ravageurs risquent donc d’éliminer des populations d’insectes qui les protégeaient naturellement.  Et qu’arrivera-t-il par la suite ?  Des insectes pollinisateurs pourraient transmette à des mauvaises herbes un gène résistant à un herbicide.  Il faudrait alors utiliser un autre herbicide.  Autre exemple, le pollen du canola peut voyager très loin; il pourrait transmettre ses gènes de résistance à des espèces sauvages et saccager des millions d’hectares.  Quant aux «applications» pour le genre humain, des pré-tests ont été effectués pour la vaccination de populations entières - à leur insu ! - par le biais de bananes-vaccin.

SANTÉ ET POUVOIR ÉCONOMIQUE

Le chef de file dans ce secteur, la redoutable multinationale américaine Monsanto, a mis au point les semences transgéniques Roundup Ready.  Ces semences de canola et de soya sont vendues exclusivement avec le pesticide Roundup produit par la même firme.  Imaginez l’appât et notre dépendance totale face à ces géants !  L’agriculteur devient la chose d’une seule et même entreprise pour l’achat de ses semences, des engrais et des pesticides, car les plantes en dépendent.

Si on s’attarde au côté obscur des produits Roundup Ready, le scénario est inquiétant.  Ce type de soya et de canola résiste au glyphosate (ingrédient actif du Roundup), un herbicide à large spectre.  Les agriculteurs peuvent donc appliquer une plus grande quantité d’herbicides sans risquer d’affecter leur culture et, selon les prétentions de Monsanto, sans nuire à l’environnement.  Or, une étude parue en 1994 dans le «Journal of Environnemental Science Heath» rapporte que le glyphosate peut contaminer la nappe phréatique, son ingrédient actif ayant même été détecté dans l’eau de consommation en Allemagne !  Le Roundup est également toxique pour les poissons : dans certaines situations, des concentrations aussi faibles que 10 ppm (parties par million) les tueront.  D’autres études ont démontré que le glyphosate affecte les vers de terre et certains microorganismes nécessaires à l’assimilation des nutriments pour la plante.  Bref, c’est de mauvais augure pour l’équilibre de notre écosystème déjà fragile…

Par ailleurs, on a prouvé la toxicité des produits contenant des résidus de glyphosate pour l’organisme humain.  Ils entraînent des symptômes qui incluent l’irritation des yeux et de la peau, des vomissements et des troubles cardiaques, particulièrement chez les agriculteurs en contact direct avec eux.

DES EFFETS DÉSASTREUX

On a déjà identifié certains des risques associés aux modifications génétiques, par exemple la diffusion de maladies infectieuses transmissibles d’une espèce à l’autre.  Ainsi, le virus de la mosaïque du chou-fleur, qu’on introduit dans le soya Roundup Ready, est un gène potentiellement dangereux puisqu’il ressemble au virus de l’hépatite B et s’apparente au HIV.  Selon le Dr J. Cummins, professeur émérite qui enseigne la génétique à l’université Western Ontario, «de tels virus modifiés pourraient causer une famine mondiale en détruisant les récoltes ou provoquer des maladies extrêmement virulentes chez les animaux ou les humains».

La manipulation génétique présente un sérieux danger, puisque toute altération génétique sera transmise aux générations suivantes.  Les effets nuisibles, s'il y a lieu, se reproduiront donc à l'infini.

Autre exemple, l’incorporation fréquente de gène de résistance aux antibiotiques à des plantes augmente les risques déjà élevés pour l’homme de devenir lui-même résistant aux antibiotiques.  De plus, elle augmente la présence de nouvelles toxines et, surtout, de nouveaux allergènes.  En 1996, des chercheurs de l’université du Nebraska ont montré que l’incorporation d’un gène de la noix du Brésil à du soya transgénique pouvait déclencher une réaction chez les personnes allergiques à cette noix.  Or, les allergies alimentaires, souvent méconnues, sont à la hausse (voir Guide Ressources, juin-juillet 1998).  Les personnes aux prises avec ce problème ont déjà de la difficulté à détecter les allergènes sur les étiquettes, car ceux-ci se cachent sous de multiples synonymes.  Imaginez le casse-tête avec les aliments issus du génie génétique, qui ne sont même pas soumis à des normes d'étiquetage particulières !

Ce passe-droit, obtenu sans notre avis à la suite d’un lobbying intense des compagnies, est un monstrueux accroc qui révolte plusieurs associations de consommateurs.  C’est un droit fondamental du client de pouvoir choisir entre deux produits : la nature ou Frankenstein et sa créature… Certains vont même plus loin, comme Greenpeace, qui s’oppose totalement à toute modification génétique.  Dans Internet, on remarque que plusieurs groupes se sont formés à travers le monde afin d’exiger des gouvernements un étiquetage obligatoire des aliments modifiés génétiquement ainsi que des moratoires pour effectuer des études à long terme. Un regroupement de médecins et de scientifiques, le «Physicians and Scientists Against Genetically Engineered Foods» (PSAGEF), demande même un moratoire international jusqu’à ce qu’on ait suffisamment de connaissances pour juger s’il est juste et sans danger pour la santé et l’environnement d’exploiter cette technologie.  Il est possible de signer une pétition à ce sujet (voir Ressources, à la fin de l’article).

ÉTUDES PAYÉES PAR L’INDUSTRIE

Il faut savoir que ce sont les entreprises elles-mêmes qui doivent faire la preuve de l’innocuité des produits qu’elles veulent mettre sur le marché… Vous imaginez ?  Pas besoin d’études indépendantes ni de tests en laboratoire.  Dans le cas de la tomate McGregor, notamment, le premier aliment modifié génétiquement autorisé sur le marché, Santé Canada n’en avait même pas vu la couleur !  L’organisme prétend qu’il n’y a pas lieu d’étiqueter spécifiquement les aliments transgéniques, puisqu’ils n’entraînent pas de risques connus pour la santé (comment peut-on le savoir sans les avoir testés de façon impartiale ?)

Pire encore, l’industrie alimentaire n’a aucune obligation de nous informer que l’aliment traditionnel qu’on vient d’acheter comporte désormais de nouveaux gènes provenant de virus, de bactéries ou d’autres sources, gènes qui peuvent avoir des effets négatifs sur notre santé, celle de nos enfants et celle de l’environnement.  L’industrie et le gouvernement savent bien que, si on donne le choix au  consommateur, il n’achètera pas les aliments suspects.  On les faufile donc avec les autres produits, pour qu’ils passent «ni vu ni connu» auprès de la majorité des gens non informés. 

Un producteur biologique est fier de ce qu’il produit, et il l’affiche.  Mais quand quelqu’un essaie de nous passer quelque chose en douce, je m’inquiète.

L'industrie et le gouvernement savent bien que si on donne le choix au consommateur, il n'achètera pas les aliments suspects. 

On les faufile donc avec les autres produits, pour qu'ils passent «ni vu ni connu» ...

À VOUS DE JOUER

Malheureusement, on ne peut revendiquer l’arrêt complet des recherches et de la fabrication de produits transgéniques.  Cette industrie biotechnologique a déjà fait son nid un peu partout dans le monde, à coup de milliards et d’emplois bien rémunérés, comme le fait l’industrie pharmaceutique, dans la course elle aussi.  Cependant, deux actions restent à notre portée. 

La première, c’est d’informer le gouvernement de notre position sur le sujet, et de la transmettre aux autres.  Vous trouverez une adresse postale ainsi qu’un site Internet à cet effet à la section « Ressources » de cet article. 

La deuxième action, elle, s’effectue au quotidien, par vos choix alimentaires : il s’agit d’éviter de consommer des aliments modifiés génétiquement.  Pour l’instant, au Canada, cela concerne l’aspartame, l’huile de canola, l’huile de lin, le maïs, la pomme de terre, le soya et la tomate.  Difficile de s’en passer, direz-vous ?  Alors, achetez-les de culture biologique certifiée.  Les normes de certification bio interdisent l’utilisation du transgénique.  Depuis peu, en plus des traditionnels magasins d’alimentation naturelle, les grandes chaînes de supermarchés vendent enfin des produits biologiques.

CONFIDENCES

J’ai hésité avant d’aborder le sujet des aliments transgéniques, car même si la situation est alarmante, on réagit habituellement en disant :  « On ne pourra plus rien manger » ou « Il est déjà trop tard. »  Bref, on accueille ces données de façon pessimiste.  Je me sens souvent seule et toute petite face à la masse de ceux qui veulent nous imposer de nouveaux aliments nocifs.  Mon rôle de nutritionniste consiste à informer, mais aussi à «militer» d’une certaine façon pour que la machine à profits ne l’emporte pas au détriment de notre santé.  Je souhaite que vous accueilliez ces informations comme des outils pour vous rendre davantage maître de vos choix.  Bien sûr, vous passerez peut-être un peu plus de temps à l’épicerie la prochaine fois; c’est le prix de votre pouvoir de décision pour votre santé.  Et si vous décidez de consommer quand même des aliments transgéniques, c’est votre choix.  À mon sens, c’est ce qui importe : la possibilité d’acheter en toute connaissance de cause, et de ne pas laisser une industrie quelconque choisir à notre place… et à notre insu.

Pour terminer, j’aimerais remercier tous nos producteurs, distributeurs et détaillants du biologique pour leur dévouement (on ne produit pas bio pour faire de l’argent…).  Ils permettent à tous ceux qui manquent de temps, d’espace et de connaissances pour cultiver leurs propres aliments de se procurer des produits vraiment naturels !

Ressources :

Pour signer la pétition en français demandant un moratoire international, dans Internet : www.flashbase.com/forms/signfra.

Faites part de votre opinion à votre épicier, aux médias et aux divers paliers de gouvernement :
Margaret Kenney, directrice associée
Agence canadienne d’inspection des aliments
Bureau des stratégies et de la coordination de la biotechnologie
56 Camelot Drive
Nepean, Ontario,
KIA 0Y9.
Tél : (613) 952-8000, poste 4185.
Télécopieur : (613) 228-6634.
Courrier électronique : bscoaem.agr.ca

Sites Internet pour approfondir le sujet :

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www.holisticmed.com/ge/

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www.misa.umn.edu/canola.html

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www.sage-intl.org/issues.html

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http://xs2.greenpeace.org/-usa/reports/biodiversity/roundup/roundup.html
genetic engineering : http://xs2.greenpeace.org/~geneng/index.html

 

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Bio-Bulle, le magazine québécois de l’agriculture biologique.
(418) 856-1110.

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«Revue Québec Science», septembre-octobre 1998.

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Waridel, Laure et coll,
«L’Envert de l’assiette, un enjeu alimen…terre»,
Environnement Jeunesse. Éditions les Intouchables, 1998. 

Source : Magazine Guide Ressources, novembre 1998

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